Nom du blog :
philozof
Description du blog :
Réflexions brèves sur les choses de la vie
Catégorie :
Blog Philosophie
Date de création :
22.04.2009
Dernière mise à jour :
22.07.2011
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Par mélodi, le 06.09.2009
Sur une radio culturelle, dans une émission littéraire, l’animateur interroge une jeune écrivaine. « Pourquoi écrivez-vous ? » demande-t-il à plusieurs reprises, insatisfait des réponses de la jeune fille, ayant manifestement une certaine idée, pour ne pas dire une idée certaine, de la réponse. « J’ai toujours eu envie d’écrire », disait en substance l’écrivaine. – « Oui, mais pourquoi ? » reprenait l’animateur.
L’envie d’écrire ne lui suffisait visiblement pas. On n’écrit pas parce qu’on a envie, ou besoin, d’écrire, parce qu’on a une raison intérieure, c'est-à-dire spirituelle, d’écrire… Mais alors ? A quelle raison songeait-il ?
A une raison extérieure, c'est-à-dire matérielle. L’écriture, c'est-à-dire la pensée, l’esprit, ne saurait être un fait premier, mais un artefact, pas une explication mais une implication, pas une fin, mais un moyen. On pense, on écrit parce qu’on a des problèmes existentiels, pour s’en distraire, pour s’en consoler, pour « témoigner », ou/et dans l’espoir de faire un best-seller et de passer à la télévision.
C’est la grande découverte des temps modernes, corollaire de celle de l’inexistence de Dieu : la pensée n’est pas une puissance mais une impuissance, le symptôme du mal-être, du malheur. Si on était heureux, on ne penserait pas. C’est pourquoi il n’y a pas de place pour la pensée dans le monde voué au bonheur où nous avons le malheur de vivre, c'est-à-dire de mourir dans l’âme, de mourir vivant.
Redevenons sérieux ! Le malheur n’est bien sûr pas la cause de l’écriture, de la pensée : il ne suffit heureusement (ou malheureusement) pas d’être malheureux pour être un écrivain ou un penseur, sinon le monde en regorgerait, or ils brillent par leur rareté. Mais la nécessité est mère de l’invention, et sans difficulté, la créativité en puissance ne se traduirait pas en acte.
La difficulté est moins la condition de la créativité que sa conséquence : un être créatif est, forcément, mal dans le monde tel qu’il est, dont il éprouve sans cesse les insuffisances. Il y est d’autant plus mal que sa créativité dérange fatalement la plupart des gens, qui s'identifient à l’ordre établi.
La créativité n’est pas l’effet mais la cause de la difficulté d’exister, qui conditionne sa mise en œuvre.